• Ce matin je suis tombée sur cette charmante petite vidéo, tellement inspirante que je suis retournée au blog la prose à mon cou.

       Le soleil était déjà levé sur Paris quand Carole lança la lecture de son disque préféré du moment. La voix légèrement éraillée de Julian et les arpèges de l’orgue vintage accompagnaient d’une caresse le moindre de ses gestes préparatifs. Quelle heure était-il, peu importait, seule comptait la captation de ce moment ou l’essence rencontrait l’objet, où elle décidait de prêter son souffle à cette enveloppe reptilienne, pour le meilleur et pour le pire, rien qu’aujourd’hui.

       Son choix s’était déjà arrêté sur une robe Frenchtrotters, une jeune marque à l’esprit ancré dans sa ville et dont le goût des choses simples avec ce souci de perpétuer une certaine idée du vêtement populaire l’avait séduite et rassurée. Sa peau laiteuse, son rouge bien appliqué et la laque déjà posée sur ses ongles, ses cheveux roux mais pas trop, d’une coupe parfaite - en queue de cheval ou détachés, c’est du pareil au même - avec leur épaisseur qui incitait au même prélassement que le moelleux du jersey de sa robe, achevaient de lui constituer un abri si bien qu’elle pouvait se laisser aller, épaules voussées, main pendante, en des poses d’une authenticité ravissante.

       Elle s’absenta hors du cadre quelques secondes pour faire la tournée de ses plantes, dire un mot à chacune, et la caméra tremblotante la suivit, la mise au point en déroute mais définitivement magnétisée. Puis elle se dit qu’elle ferait tout aussi bien d’immortaliser la fugacité de ses pensées dans ce qu’elle appelait son « carnet de bord ». Tout cela lui rappelait Katherine Mansfield (2è étagère sur la gauche en entrant), pourtant elle se reprit et chassa de son esprit cette référence pas très parisienne. Combler le temps, combler l’espace, la décoration intérieure y répondait en une pierre deux coups. Décidément, la douceur de vivre régnait chez elle. Ca l’ennuyait tout de même un peu de trouver plus sophistiqué de garder ses sandales pour lire, il lui fallait encore par moment prendre sur elle et persévérer dans le courage de ses opinions.

       Une image de coton fleuri à son bras s’interposa et elle sut qu’il était temps. Le cœur battant, elle s’apprêtait à sortir de son univers poudré, n’allait-elle pas se sentir trop brutalement déniée par la foule inattentive à son charme discret ? Elle se remit en se disant des choses sur la véracité de la lumière qui devait bien être la même dehors que chez elle, et franchit la porte avec une détermination posée ; après tout peu importe qui elle était et d’où elle venait, n’était-elle pas en osmose avec sa ville, Paris ?


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